Some Song of Here

26 septembre 2019

Martiens Go Home ! (avis strictement personnel et garanti plein de spoilers)

martiens go home

Chose certaine, la fin n'est pas géniale ; j'aurais préféré que Luke devienne fou de façon plus violente, plus concrète, et finisse interné - comment peut-il avoir le solipsisme heureux, comment peut-il fonder une famille avec les illusions qui sont les siennes ? Le personnage est un malade profond, mais cet état de fait n'efface pas la rationalité dont il fait preuve au long de l'ouvrage ; par conséquent, sa capacité à vivre avec ses convictions, après le "départ" des Martiens, relève plus de la stupidité et du ridicule que d'une volonté crédible. Si les derniers paragraphes avaient révélé son internement, ou toute forme de conséquence logique de sa démence, la fin aurait été de qualité bien supérieure. Quant à la postface, elle me laisse dubitatif ; bien que sa comparaison finale entre son personnage et lui-même suggère une plaisanterie, l'auteur y déclare que Luke est bel et bien le créateur de son univers, et le problème se pose dans la mesure où l'on ne parvient pas à juger le degré de cette affirmation ; en cela, la postface gâche un peu l'œuvre. 

Cependant, si l'on omet le trouble généré par les derniers mots de l'auteur, et malgré la décevante situation finale de Luke, le dénouement fonctionne plutôt bien. Il était certain depuis le début du livre que celui-ci n'apporterait aux lecteurs aucune réponse définitive à la question des intentions martiennes ; il était très probable également - et cette probabilité descend en quelque sorte de la précédente certitude - que les Martiens ne partiraient pas d'eux-mêmes, dans la mesure où l'on pourrait soupçonner des raisons dans ce départ et, par extension, se figurer des raisons à leur arrivée. En outre, les envahisseurs ne pouvaient pas être chassés ou vaincus de façon apparente et physique : leur attribuer des faiblesses atténuerait leur puissance goguenarde, et celle-ci fonde le caractère de l'œuvre. (C'est d'ailleurs par cette goguenardise essentielle que toute révélation d'intentions est exclue.) 

La fin, donc, joue brillamment avec cette impossibilité de réponse, en offrant différentes causes éventuelles à la disparition soudaine du martien milliard : est-ce un scientifique marginal et sourd qui a fait disparaître ces petits monstres avec sa bizarre invention ? est-ce un sorcier africain, muni du savoir sorcier de tous ses confrères dévorés, qui les a chassés, en dansant autour d'une vessie d'éléphant ? est-ce que Luke - créateur de toutes choses -, en imposant son grand amour à toutes les strates de sa conscience, a permis à celles-ci d'oublier - et par conséquent d'effacer du monde - l'existence mensongère des Martiens ? ou les Martiens eux-mêmes ont-il choisi de s'envoler simultanément, par décision diplomatique suite aux promesses de Malblanshi et du monde entier ? La réponse n'est pas donnée, et c'est là tout le suc de ce dénouement. J'aimerais penser que le scientifique est à l'origine de la libération terrestre, mais, si rien ne la valide, cette théorie n'est pas la bonne au regard de la vérité du livre ; celui-ci ne donne pas de réponse, mais suggère qu'il en existe une - et bien sûr, une réponse existe nécessairement : cette certitude en son mystère forge une fin logique dans son imprenabilité.

Tout ceci étant dit, Martiens Go Home ! ne se résume pas à sa fin. Loin d'être extraordinaire, pas même proche du familier "génial", le livre reste toutefois bon. Sa qualité réside surtout dans la personnalité horripilante et drôle des Martiens ; leur culot est sans pareil ; leur sens incorrigible de la provoc', admirable. Il serait bon parfois d'être un Martien envers soi-même : quand une oeuvre réalise le tour de force de planter une idée aussi saugrenue dans un esprit bien terrestre, c'est qu'il n'est pas dépourvu de valeur ; on pourrait même dire que Martiens Go Home ! a produit un archétype puissant, dont tout lecteur devrait tirer des enseignements, des valeurs d'ironie, d'autodérision et d'irrévérence absolutrice envers soi-même. Du reste, les personnages du livre ne sont pas marquants, ils ne sont que des faire-valoir pour les envahisseurs qui les tourmentent. Cependant, l'œuvre exploite le contexte géopolitique suivant l'arrivée de ces envahisseurs en lui donnant toute l'épaisseur et la crédibilité dont manque le protagoniste.

Voilà, il me semble, tout ce que j'ai à dire sur ce roman rigolo, qui aura au moins le mérite de m'avoir collé un Martien au plafond.  

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08 juillet 2019

VDM

ballon_foot

J'ai toujours joué au foot dans le jardin de mes parents, puis dans mon jardin, avec mes frères, puis avec les générations suivantes. Quand j'étais petit, mon frère et moi - surtout lui, en fait - logions sans arrêt notre ballon chez notre adorable vieille voisine ; celle-ci se faisait alors un plaisir de ne jamais nous le renvoyer, de nous bondir dessus depuis sa fenêtre (certes elle ne bondissait pas vraiment, mais sa voix, oui) sitôt que nous tentions de franchir, ninjas téméraires, la barrière de sa cour. Nul doute que la vieille dame n'attendait que cela derrière ses carreaux, nous observant, goguenarde et odieuse, parcourir craintivement le trottoir longeant nos deux terrains.

Voilà pourquoi, maintenant que je suis un adulte à moitié avéré, je déteste au plus haut point ce type de voisin vicelard qui, semblant tout ignorer de l'enfance des garçons, les prive d'une joie simple avec une impatience imbécile ou un sadisme décrépissant.

Si je raconte cela, c'est parce qu'aujourd'hui est un triste jour. Fraîchement arrivé dans ma nouvelle maison, l'intention aimable et cordiale envers les citoyens de mon nouveau quartier, j'ai trouvé un ballon dans mon arrière-cour, un ballon qui n'était pas le mien. Ne connaissant pas encore mes nouveaux voisins, j'ignorais quel enfant avait eu l'audace de perdre un ballon chez moi. Peu importait, je le lui rendrais avec bonheur lorsque je l'aurais identifié. Seulement voilà : mon frère était hélas en ma compagnie et un ballon était offert ; nous avons joué au foot et mon frère, adulte accompli jusque dans les pieds, a logé ledit ballon chez ma charmante voisine de droite. Plus tard, mon charmant voisin de gauche, neuf ans à tout casser, est venu sonner à ma porte pour le récupérer. Malaise explicatif. La dame de droite (dans tous les sens du terme, oserais-je présupposer) n'a pas voulu le lui rendre, malgré mon intervention de coupable affirmé et d'avocat de la défense, et mes accusations subséquentes de policier du bon sentiment. "Connasse" n'a pas franchi mes lèvres, néanmoins le mot s'est logé dans mes entrailles.

Ainsi donc, je me suis fait un copain miniature (je n'ose imaginer ce qu'ont pensé ses parents lorsqu'ils ont eu vent de l'affaire) et une copine rabougrie.

J'ai toujours aimé jouer au foot.

VDM. Voisine de merde.

(Il va sans dire que, comme promis, je vais racheter un ballon au petit bonhomme.)

Vive les petits footeux des jardins.

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02 juin 2019

Songe

JYSONGE

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bLOG

BLOG

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03 avril 2019

Vance et la pédante

 

                                         Sans titre

Hier sur Scribay, une autrice donnait des leçons d'écriture en affirmant que le style de Jack Vance est pauvre. Cela m'a agacé, et forcé à m'interroger sur la notion de style. Vance n'a certes pas un style éclatant ; son écriture est purement narrative, il écrit des récits d'aventures dont les voyages sont fluides et en cela parfaitement dépaysants. Vance n'a jamais eu besoin de "style".

J'ai donc été voir les textes de cette autrice et, bien entendu, je les ai trouvés grotesques. Ils ne sont que des mélanges pompeux de fausse philosophie et de fausse profondeur : une fausse exaltation du coeur et de l'esprit. Est-ce là ce que ces gens appellent le style ? Du sentiment et de l'esprit ? Sans doute, oui. Le style renvoie surtout à l'égo de ceux qui en parlent, ceux qui veulent sembler subtils et profonds. Vance est d'infiniment loin plus talentueux que cette scribayenne sans saveur.

Je me pose la question du style et je ne peux répondre que par sa négation. Le style est une façon de marcher qui ne nous est propre que parce que c'est nous qui marchons, et je doute qu'il y ait beaucoup plus à dire. C'est bien pour cela que l'on trouve du style aux nombrilistes plutôt qu'aux modestes raconteurs. J'ai pourtant plus de style lorsque je cours que n'en a l'auteur dans ses mots ; parce que l'écriture se déguisera toujours plus que le sport, son style ne sera jamais qu'une vue de l'esprit intéressé.

Certes je suis moi-même intéressé, car l'écriture et la lecture me passionnent aussi sûrement qu'un trottoir exerce une attraction particulière sur un marathonien. Mais ne montrons pas du doigt les conteurs élégants qui ont la décence de se contenter d'une magie suffisante. Ne méprisons pas le talent des voyageurs simples sous prétexte que nous préférons les complexités. La vraie complexité s'enracine dans la simplicité ; bien souvent, elle traduit même – vous savourerez ce mauvais jeu de mot – un complexe du simple.

L'autrice est pédante. Elle fait danser les vides avec la prétention du style. Vance, quant à lui, m'a embarqué dans mille voyages.

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29 octobre 2018

The Book of Henry

 

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     "Un enfant précoce élevé, avec son frère, par leur mère célibataire, échafaude un plan pour aider sa jeune voisine battue par son père."

      Henry est un génie, c'est acquis. On ne sait pas tout-à-fait dans quelle mesure il est génial, le film n'en dit pas beaucoup sur ses capacités cognitives et on ne le voit pas réaliser des prouesses mathématiques hors-normes. Néanmoins c'est un génie. Il invente des machines dont on ne comprend pas l'utilité, et dont on n'a pas besoin de comprendre l'utilité. Surtout il est d'une maturité aberrante ; il est un grand frère formidable, et semble être la mère de sa mère. En tant que véritable adulte de la maison, il gère les finances de la famille. Bien sûr, Henry est aussi un voisin idéal, puisqu'il met tout en oeuvre pour protéger sa jeune voisine des violences de son beau-père. Pendant ce temps, sa mère joue aux jeux vidéos. La pauvre dame est dépassée par toutes ses responsabilités, mais peut se reposer sur Henry, puisqu'il est malin, prévoyant et attentionné. Peter est le petit frère mignon et guilleret. Il se comporte comme un enfant entre une mère adolescente et un grand frère trop adulte.

     Nous avons ainsi une famille étrange, paradoxale, à la fois grave et légère, heureuse et malade, comme noyau d'un film bâtard qui nous perd en différents registres ; qui part de l'illusion d'un film d'aventures enfantines (illusion soutenue par la promotion et par l'affiche-même du film) pour s’appesantir sous la personnalité grave d'un enfant surdoué, sur un ton oscillant, une vibration incertaine, entre l'aventure possible et le drame voisin ; qui tombe soudain dans le tragique extrême, larmoyant ou touchant selon les sensibilités, mais définitivement lourd cette fois, inattendu et arbitraire, et pourtant si juste dans les émotions qui malmènent ses personnages ; et puis qui s'envole de nouveau dans son atmosphère paradoxale, bancale, se retranchant dans un semblant d'aventure américanisée, le sniper à la main, la justice dans les yeux, pour tenter de réparer son noyau brisé, ses personnages fluctuant qui ne savent plus qui ils sont, quelle place prendre, à l'image du film entier qui brouille ses identités dans la tragédie familiale d'une mauvaise distribution des rôles. Un film bâtard, définitivement, mais de manière si logique, au fond, puisqu'il suit la trajectoire de transformations nécessaires.

     Henry n'est pas le génie de l'histoire. Henry est bien trop grave. Henry ampute sa mère de ses responsabilités. La mère n'est pas le génie de l'histoire. Elle est bien trop immature, elle ampute malgré elle son génie de fils de son enfance. Peter est le véritable génie de cette histoire où demeurer ordinaire et tenir sa place demande une intelligence naturelle forte ; les autres personnages sont en orbite autour de ce qu'il incarne, de son enfance, de son innocence, de sa fragilité. Il porte en lui-seul l'enfance commune qu'il partage avec son frère ; et sa mère est une mère à ses yeux. Les cartes ont beau être maladroitement distribuées, en son cœur, déjà, il les redistribue. Le film traverse le drame pour donner corps à cette redistribution, pour cela Peter en est l'essence - et les dernières scènes le révèlent ô combien joliment. La mère des enfants doit retrouver un enfant en Henry (comme Henry a toujours cherché, mais en vain, les adultes dans les adultes), ainsi doit-elle retrouver une mère en elle-même.

     The Book Of Henry porte fièrement ses maladresses ; c'est un film de repères brisés, pris dans le cheminement paradoxal de sa propre reconstruction. Surtout, c'est le film d'une révolution parfaite autour d'un besoin fondamental, d'une fragilité ultime portant son miroir dans le regard d'un enfant ordinaire, heureusement ordinaire, qui ne peut jouer que son propre rôle.

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09 octobre 2018

Le monde du Fleuve - Philip José Farmer

 

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" Le jour du grand cri, tous les humains qui avaient jamais vécu se réveillèrent, nus, sur les rives d'un fleuve immense, le Fleuve de l'éternité. Trente ou quarante milliards, issus de toutes les époques et de toutes les cultures, chacun parlant sa langue, chacun ayant sa conception de l'au-delà, et immensément surpris de se retrouver vivants. Parmi eux, des ressuscités célèbres en leur temps, l'explorateur Richard Burton, Som Clemens, alias Mark Twain, Jean sans Terre, Hélène de Troie, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse. Et tous les autres. Tous se demandent qui a construit ce monde impossible, qui les a ramenés à la vie. Et pourquoi ? " 

 

Si l'idée de base est excellente, le livre l'est beaucoup moins. Mon avis est très mitigé ; je vais me montrer un brin sévère, non seulement parce que, les critiques sur Le Fleuve De L'Eternité étant majoritairement positives, j'imagine que les bons points ont été largement soulignés, mais aussi parce que je trouve honnêtement que ce livre ne mérite pas sa renommée.

L'écriture est simple, la narration est fluide et l'action bien distillée ; la sensation de vivre une aventure est très forte : tout cela est vrai. Seulement les personnages principaux sont très antipathiques. Les psychologies tournent trop vite et trop platement autour du sexe, de sa nécessité – et, bouffonnerie existentielle, de la question juive ! L'humanité est depuis la nuit des temps en orbite autour du point Godwin.

Burton est un prétentieux connard qui se veut héroïque. Alice, une caricature détestable de la bourgeoisie puritaine. Frigate, le Yankee, est assez ambigu pour être vaguement intéressant - antithèse d'un leader mais bras droit finaud, il donne la réplique à Burton dans les quelques discussions valables qui parsèment le récit. Monat l'extraterrestre est un genre de sage improbable dont on se serait bien passé : quand l'idée à la source du roman ouvre tant de possibilités de réflexions, comme une mise-en-abîme fondamentale à la fois de l'Univers et de l'inconnu, pourquoi résoudre la question extraterrestre aussi vite et aussi arbitrairement, sans la moindre nuance ? Et il y a Lev Ruach aussi, dont on retiendra qu'il n'a que quelques neurones mal connectés.

Les réflexions jonchant le récit sont au raz des pâquerettes, et les sentiments se font rares ; lorsqu'ils se présentent, on n'y croit pas une seconde. Dans l'ensemble, toute cette aventure pue la bêtise et la testostérone. L'humanité y est un troupeau répugnant.

Je retiendrai de ma lecture une bataille navale captivante au milieu du livre. Pour le reste, je regrette d'avoir directement acheté l'intégrale parce que la renommée de l'oeuvre et la beauté de l'édition m'ont convaincu de le faire ; il me sera très difficile de lire les tomes suivants, ce premier tome étant considéré par la plupart comme le meilleur.

Je le relirai peut-être un jour. J'en attendais beaucoup. Je l'aurais sans doute beaucoup plus apprécié en en attendant moins, car il n'est vraiment pas mauvais ; il est seulement très décevant.

Posté par Louis B_ à 11:47 - - Permalien [#]

16 juillet 2018

Le Retour de Chucky

 

Le_Retour_de_Chucky

Cult of Chucky est mauvais dans le sens où il trahit à la perfection l'essence de Chucky.

On peut considérer Chucky 4 et Chucky 5 comme des blagues ; le 4 est une bonne blague décalée, vaseuse et sympathique, et le 5 une blague excessive et grossière mais, au moins, dépourvue de prétention. On ne s'y sentait pas dans la continuité des trois premiers opus, et des années plus tard, Curse of Chucky est venu corroborer cette sensation en niant ces films-blagues pour continuer la chronologie originelle. Le film était sympa et renouait avec l'ambiance horrifique de ses authentiques aînés. Puis vient Cult Of Chucky, qui trahit leur essence comme les blagues précédentes n'ont jamais pu le faire, puisqu'elles ne possédaient pas les ingrédients originaux de la saga.

Mais d'abord, l'essence de Chucky, c'est quoi ? On conviendra que cette essence se tient dans les deux premiers films. Il s'agit en fait d'une dualité, celle qui oppose Chucky la poupée tueuse et Andy l'enfant. La force primordiale de Chucky tient au fait qu'il est une poupée, un jouet d'enfant, et que sa victime est un enfant ; enlevez l'enfant et vous perdez l'intérêt pervers et terrifiant de sa nature de poupée. Chucky est une poupée terrorisant un enfant. Andy est un enfant terrorisé par une poupée tueuse. Voilà l'essence de Chucky. On ne peut la retrouver sans ces deux forces en opposition. Voir grandir Andy n'a aucun sens : son personnage appartient à l'espace-temps particulier de cette expérience traumatisante, de cette dualité - au-delà de cet espace-temps, Andy est naturellement destitué de son film, il disparaît dans l'ouverture de son achèvement, tout comme son enfance y est sauvegardée, équilibrant la balance horrifique face à la poupée tueuse. Plus rien n'a de valeur solide au-delà de l'enfance d'Andy. Pour cela, Chucky 3 était déjà moins bon que les deux films précédents.

Mais là... là : Cult Of Chucky. Andy est un adulte débile, déprimé, jouant à torturer la tête défigurée de Chucky comme un écorché de grand cinéma, quand il ne partage pas un joint avec elle. L'essence de Chucky part en fumée, comme si elle n'avait jamais résidé dans cette dualité originelle entre la poupée tueuse et l'enfant, comme si Andy et Chucky n'avaient jamais incarné un archétype dualiste fondamental, intemporel et nécessairement daté, toujours actuel dans sa temporalité mais à la temporalité achevée comme un tableau logique et efficace ; comme si Andy et Chucky avaient amorcé en leur époque, dans l'illusion de cette dualité parfaite, la mort de leur propre logique, en initiant en fait un conflit manichéen infini se poursuivant à travers les âges (comme un schéma biblique puiserait son absurdité dans sa propre répétition), dans le déni de leurs forces archétypales, de leurs fonctions et de leurs natures cinématographiques. Andy n'a plus de signification ; si l'on croit en ce film, Andy n'en a jamais eue. Andy est un imbécile qui joue les héros et vide son unique chargeur, dans un asile infesté de Chuckys, contre un Chucky inoffensif, à l'intérieur d'une salle d'isolement dont il ne sait pas comment sortir et dont il ne sortira pas. Pathétique trajectoire.

L'essence de Chucky est détruite dans l'exacte mesure où le film ne peut être complètement nié, comme on pouvait le faire avec les blagues 4 et 5 : Andy est bel et bien présent, la balance originelle est sacrifiée aux feux de la stupidité des scénaristes. Il y a bien sûr une autre raison pour laquelle le film trahit l'essence de Chucky. Une raison moins importante (puisque sans Andy, on aurait pu faire appel à un esprit de négation salvateur), mais néanmoins forte : les Chucky se multiplient. Outre le fait que cela soit tout simplement impensable, que cela revienne à tuer Charles Lee Ray à plusieurs reprises, à le rendre infiniment mortel, sinon infiniment mort, et surtout infiniment irréel, comme un personnage sans passé, sans structure cinématographique, sans aplomb individuel, un personnage infiniment théorique en somme, cela revient surtout à nier l'origine de Chucky. Chucky est la poupée tueuse, sa force tient au fait qu'il transforme une poupée en la poupée ; il donne une individualité à un objet qui, par définition, est de nature plurielle. La menace qu'incarne Chucky réside dans cette individuation. Charles Lee Ray est un dangereux tueur ; Chucky est une poupée tueuse, et par conséquent, Chucky est la poupée qui est bien plus qu'une poupée. En multipliant les Chucky, le film rend à la poupée sa pluralité, et en cela, il fait de Chucky, tristement et véritablement, une poupée. Il désindividualise son personnage emblématique, il le rend à l'impersonnalité de l'objet dont il était, à l'origine, la transcendance particulière. Et le pire - le pire ! - dans ce processus, c'est qu'il implique, par sa possibilité-même au sein du film, et plus encore bien sûr par sa réalisation concrète, que Chucky n'a toujours été qu'une poupée, aussi tueuse fût-elle, que l'individuel Charles n'a été qu'une incohérente illusion scénaristique. Chucky n'a donc jamais été la poupée tueuse : Chucky n'est, au fond, depuis toujours, qu'une poupée Chucky.

Rarement un film n'aura trahi son essence de manière aussi profonde et aussi savante. Il semble que le propos final de Cult Of Chucky soit de contredire le sens fondamental de la série dont il est issu. Un tour de force magnifique, insultant, gerbant. Une catastrophe.

Posté par Louis B_ à 20:02 - - Permalien [#]

19 mai 2018

Qui je suis ?

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    Une petite présentation s'impose.

    Je m'appelle Louis, je suis franco-canadien, j'ai 29 ans (à la date de publication de cet article). J'ai plusieurs casquettes entre lesquelles j'alterne depuis des années : je suis romancier, auteur de bandes dessinées, et médium.

   Je ne publie pas mes oeuvres sous le nom de Louis Baltimore, je ne souhaite pas que l'on associe mon travail à ce blog ; en effet, en tant que lecteur, je finis souvent déçu par les auteurs que je follow sur les blogs ou les réseaux sociaux, et je suis résolument persuadé que ce qui paraîtra de moi ici-même, comme c'est sans doute le cas pour les auteurs me décevant, ne sera pas tout-à-fait représentatif de ma sensibilité véritable, et ce, malgré mes intentions les plus honnêtes. Je m'exprimerai beaucoup ici, je posterai toutes formes de critique et partagerai des billets d'humeur ; je serai agaçant, et je semblerai prétentieux. Je m'épancherai dans le langage de la blogosphère en sachant bien que rien ne m'y ressemblera, que tout y sera éloigné de mes aspirations profondes. Je bloguerai pourtant par jeu, pour muscler ma plume, me transformer insolemment dans le pimpant et le pompeux.

    Je ne sais pas encore si je parlerai de ma vie de médium, mais j'imagine qu'elle saillira de temps en temps. Je suis, profondément et irrévocablement, un médium ; l'un des meilleurs, des plus concrets qui soient. Je connais des choses que le monde estime impossibles à connaître, et j'en ai vécu auxquelles il ne croirait jamais si je les exprimais. Ma médiumnité fait partie intégrante de ma sensibilité, ainsi que de ma vie professionnelle.

Posté par Louis B_ à 12:09 - - Permalien [#]

03 mai 2018

J'ouvre un blog

                                         BlogMore2

 

     Pourquoi j'ouvre un blog ? Bonne question. J'aime les blogs, je crois. Je considère que les réseaux sociaux ont massacré les blogs et que c'est dommage. Les réseaux sociaux servent à se montrer tandis que les espaces comme celui-ci permettent davantage d'être croisé au hasard ; les blogs portent la merveilleuse possibilité de la magie des rencontres – chacun sa petite rue dans la grande ville qu'est internet, son petit quartier dans la mégalopole. Je ne cherche pas à être croisé, mais j'aime l'idée d'être croisable.

     Sur la place centrale que constituent les réseaux sociaux, la foule est affreusement bruyante ; elle hurle "regardez-moi", "je vous méprise" et "je vous aime" dans un même brouillard de photos et de phrases à effets. On y parle beaucoup mais seulement dans les faibles interstices que la foule nous soumet ; de fait, il ne s'y entend que les échos d'un vacarme global.

     Cependant, malgré la masse trop compacte sévissant sur la grande place, je vois les rues étroites et larges qui s'en détachent, qui s'enfoncent provincialement dans les espaces variés et audibles de la cité. Je m'engage alors dans l'une de ces rues pour m'y installer ; elle n'est pas grande, elle est enneigée, mais on y devine un climat de bienveillance, comme en répandent à foison, dans le coeur des humbles, les seigneurs du Canada.

     Dans cette rue je bâtirai une auberge, et dans cette auberge se partageront les fruits de tant de rencontres qu'ils formeront ensemble, lentement et généreusement, quelque chanson d'ici.

 



 



 

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